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Exposition de Nathalie Harvey

Exposition de Nathalie Harvey

Du 19 novembre au vendredi 15 janvier 2010

Lot 10 accueille Nathalie Harvey avec son exposition "J'adore votre nombril !".


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Programme

La peinture, expliquait Picasso, est ce combat incessant pour se dépasser– le peintre, comme un toréador, doit «descendre dans l’arène, pour y affronter un taureau», qu’il soit symbolique ou réel. Dans sa nouvelle exposition « J’adore votre nombril !», Nathalie Harvey s’inscrit dans la lignée de cette conception sans indulgence pour l’art, il s’agit d’un combat entre soi et soi, pour faire rejaillir la réalité dans ce qu’elle a de brut… et surtout de beau.

Nathalie Harvey n’est pas une théoricienne, et c’est tant mieux. On retrouve chez elle toute la force de la peinture, ce mystère de la représentation, qui interpelle les sens autant que l’intellect. Son corps est là, mis à nu, palpable, décliné à l’infini. Ses bouches, grandes ouvertes, rappellent Francis Bacon par leur animalité. Et ces yeux qui sont véritablement le miroir de l’âme. “La nageuse” vous regarde en face. Son maillot de bain (sa petite culotte sur d’autres toiles) y est plus réelle que les autres membres. «Tout ce qui est là mais que je ne vois pas» résume l’artiste. Le tableau devient fantasmagorique. Ici réside la quête de l’artiste : saisir son identité en se mettant en scène, en situation, en péril.

“Le Moi est haïssable”, disait Blaise Pascal. Le philosophe ne savait pas qu’il ouvrait ainsi une brèche pour les artistes se revendiquant d’une subjectivité qui sera au cœur de la Modernité. La haine de son petit soi, de ses limites, peut être le moteur d’un dépassement du raisonnable, du rationnel (tout ce que déteste Nathalie Harvey). Ses toiles sont chargées d’une puissance indéniable : celle de la prise de risque. L’artiste puise son inspiration dans l’instinctif, le charnel et les tourments de son propre ego…au risque d’y perdre la tête. Son moi devient dès lors l’occasion d’un jeu - jeu de masques, jeu de l’oie, avec la schizophrénie comme garde fou, et le dépassement de soi comme horizon. Dans sa série «Tueuses», l’artiste met ainsi en scène un face à face avec elle-même, comme l’héroïne d’un film de Tarantino. Le plan serré des premiers autoportraits s’élargit au corps entier, dans une position à la fois d’attaque et de défense. Les épaules sont disloquées du corps, remontés jusqu’aux oreilles. Les couleurs révèlent ce combat, le bleu cédant le pas à un rouge criard, pour mieux se relever en vert émeraude. « Cette fille, sur la toile, qui me regardait devenait trop violente dans l’autre moi extérieur à l’atelier. Il fallait que je la tue ». L'art comme catharsis, ce n'est pas qu'une affaire de mots. On le sait : Nathalie a failli y laisser sa peau.

Dans « Auto-sauteuse », une femme au visage orange, bouche grande ouverte, saute au-dessus d’une autre elle-même- une fille éteinte, discrète, au sourire timide. En termes psychanalytiques, on pourrait parler du surmoi dépassant le moi. Mais il faut aller voir ailleurs. C’est au fond le mystère de la féminité qui intéresse l’artiste. Celle de sa série de "Jocondes"; version pop-trash: il suffit de se laisser captiver par son sourire à la Charlie Brown. Ou par ses « femmes légères », comme cette héroïne qui court sur le mur avec sa cape, ses cheveux dans le vent et ses poings serrés. Autre variation sur la toile «Rien» : la peintre s’y représente de dos, scrutant probablement l'horizon. Un bleu turquoise apaisant l’enveloppe. On ne voit plus ses yeux, seulement la fumée d’une cigarette qui monte en volutes, comme un air de Miles Davis, une improvisation. "Je est un autre, disait Rimbaud. Je travaille à me rendre Voyant. Les souffrances sont énormes, mais il faut être fort, être né poète, et je me suis reconnu poète." Nathalie Harvey, elle, s’est reconnue peintre.

Yann Perreau


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